changer ses habitudes de consommation

Faut-il être riche pour changer ses habitudes ?

Il n’y a pas si longtemps, je vous ai partagé l’article que j’ai écrit dans l’Etik Mag sur le Slow wear, pour se vêtir de façon plus éthique. Suite à cet article, une copine est venue me parler et m’a notamment souligné le fait que s’habiller éthique n’est pas possible pour elle : elle n’en a pas les moyens. S’habiller éthique, effectivement, ça a un coût plus élevé que de s’habiller chez Zara ou Mango. Notre discussion m’a donc amené à voir « the bigger picture », l’image d’ensemble de ces nouveaux modes de consommation responsable et à m’interroger sérieusement : changer ses habitudes de consommation est-il réservé aux gens qui en ont les moyens ? Faut-il être riche pour changer ses habitudes ?

La société dans laquelle nous vivons

Nous vivons dans une société de consommation. Chaque jour, la télé, nos portables, internet, les panneaux dans la rue, le métro, sur les bus nous poussent à consommer. Nous sommes sans cesse sollicités. Du moment où l’on se lève, jusqu’à celui où l’on s’endort, on admet communément que chaque individu est exposé à plus de 3000 messages publicitaires par jour ! Dans cette société capitaliste de communication et d’image, la consommation est une fin, en soi.

société de consommation
Photo by Wojtek Witkowski on Unsplash

Au fur et à mesure des années, nos désirs de consommation sont exacerbés, nous créant toujours plus de besoins. Notre système sociétal entier, en fait, repose sur un modèle de réussite économique. Plus nous jouissons de biens matériels, plus on a réussi aux yeux de ceux qui nous entourent. Nous n’existons qu’à travers ce que nous possédons et le monde entier conspire à ce que nous « réussissions » : faire de grandes études pour obtenir un travail bien payé qui nous permettra d’acheter une maison (ou plusieurs), et de se faire plaisir en consommant encore plus : mobilier moderne et épuré, avoir la pointe de l’électronique, partir en vacances dans des lieux paradisiaques et chers. Celui qui « vit bien », qui a « réussit dans la vie », c’est celui qui a les moyens et le matériel.

D’ailleurs, en règle générale, ceux qui sont un peu plus en marge, les plus spirituels d’entre nous, ce qui choisissent de vivre de manière alternative, sont considérés comme des originaux, des hippies. Choisir de vivre à la campagne, élever ses chèvres et faire son jardin bio, oui, mais dans une maison d’architecte surplombant la colline s’il vous plait ! Celui-là sera admiré. L’autre, le « roots » celui qui décide d’aller élever ses chèvres pour se couper de cette société consumériste et qui vivra sans trop de moyens, ne bénéficiera pas de la même image !

Et pourtant, de plus en plus, manger bio, s’intéresser au développement personnel, avoir conscience de soi et du monde qui nous entoure, ça plait. Le fait-main, le bio, la vie nature-peinture ont le vent en poupe ! Le minimalisme est à la mode !

Mais manger bio/s’habiller éthique/faire ses cosmétiques/changer de vie/
est souvent taxé d’être trop cher/trop long/trop difficile.

Ne serait-ce que des délires de bobos ?

Les « bourgeois bohèmes » eux, ont les moyens d’aller faire leurs courses au marché biologique, d’acheter des vêtements fabriqués en France et issus de l’agriculture bio. Ils ont même les moyens (et le temps !) de lire plein d’ouvrages de développement personnel qui les poussent à agir différemment.

Mais est-ce vraiment le propos fondamental ? L’argent est-il vraiment le fondement de tous ces changements d’habitudes ?

Il me semble néanmoins que se détacher de la valeur numéraire soit le propos fondamental de ces nouveaux modes de vie. Changer ses habitudes de consommation c’est avant tout préférer la qualité en revenant à des habitudes centrées sur le partage, la bienveillance, le plaisir et les choses simples. C’est d’ailleurs la philosophie de vie des minimalistes (qui est à mon sens la philosophie de vie qui plane au-dessus de tous ces nouveaux modes de consommation) : se recentrer sur les choses importantes. Voir au-delà des possessions matérielles et recentrer ses priorités de vie. « À quoi accordons-nous le plus d’importance ? Où gaspillons-nous notre énergie ? »

Photo by Matthew Henry on Unsplash

Aujourd’hui il est nécessaire de changer ses habitudes de vie. Pourquoi ? Parce que nous vivons dans une société outrancière, un gouffre à pognon, qui engendre d’énormes problèmes écologiques (Gaz à effet de serre causés par les industries, déforestations massives qui engendrent extinction d’espèces animales et de communautés humaines), économiques (monde de la finance qui gère tout, crises économiques massives) et sociétaux (uniformisation des sociétés et des modes de pensées). En découlent des problèmes identitaires importants, un repli sur soi-même, un mal-être ambiant. Nous sommes individualistes et avons peur de l’autre et de son jugement.

L’argent nous gouverne et reste un frein à nos projets et engagements : sans argent, il est très difficile de penser que quelque chose soit envisageable. Nous pouvons être plein de bonne volonté, souvent, si l’on pense ne pas avoir les moyens, on tire vite un trait sur nos projets.

Changer ses habitudes de consommation et avoir une consommation responsable et éthique serait-ce alors la panacée des gens riches ?

Un étude alimentaire sortie récemment pointe du doigt le fait que plus les français sont pauvres, plus ils mangent mal. En outre, une étude de l’Insee de 2014 souligne que les français n’attribuent plus que 20% de leur budget mensuel à l’alimentation alors que celui-ci s’élevait à 35% il y a 50 ans. À cette époque, d’ailleurs, l’alimentation était le poste de dépense le plus important des familles. Par ailleurs, une étude de Sofinco/OpinionWay démontre qu’aujourd’hui, les français privilégient le prix des produits alimentaires bien avant leur qualité. Aux vues de la situation économique du pays, on peut comprendre que les français doivent se serrer la ceinture ! Toutefois, ces études montrent bien que les français ne sont pas prêts à manger mieux. Ceux qui ont recours à la distribution « alternative » restent très minoritaires (2-3% de l’échantillon).

Alors que doit-on en penser ? Les français sont-ils trop pauvres pour changer leurs habitudes ou est-ce aussi une question d’envie et de priorité ?

manger mieux
Photo by Syd Wachs on Unsplash

Je me suis quand même renseignée sur le « français moyen ». J’avais envie de savoir de qui je parlais. Le français moyen est-il plutôt pauvre ? En réalité, le français moyen est citadin, propriétaire, marié, a un enfant. Il est employé du secteur tertiaire et gagne 2225€ net par mois. Etant donné qu’il représente une part majoritaire de la population, considérons que je parle de lui dans cet article. Il est évident qu’une personne en dessous ou proche du seuil de pauvreté n’est pas concerné par ce que je dis. La détresse sociale est réelle en France (en 2014, selon l’Insee, 14,1% gagnent moins de 1000€/mois), je ne peux donc décemment pas mettre tout sur le compte des priorités. Les moyens financiers à disposition des ménages ont une importance dans leur possibilité, ou non, de changer leurs habitudes.

Une question d’envie et de priorité ?

Je me demandais donc si ces choix que font Chloé, Pierre, Jeremy et Vanessa en termes de consommation sont exclusivement liés à des contraintes financières ou s’ils résultent quand même un peu d’un choix de priorité.

Avoir des priorités, c’est choisir de privilégier une chose plutôt qu’un autre. Pour certains c’est décider de ne pas sortir tous les soirs ou d’arrêter de fumer pour s’acheter un ordinateur ou partir en vacances. Pour d’autres c’est aller au restaurant toutes les semaines entre amis et rechigner à payer les factures. Les priorités se posent tout au long de nos vies. Chaque jour, chaque mois, chaque année, nous devons faire des choix, parfois anodins, parfois importants, qui guident notre chemin de vie, celui que nous nous créons, celui que nous choisissons.

Evidemment qu’il est impossible pour un smicard de s’habiller éthique, manger bio, voyager 3 fois par an et retrouver ces amis au restaurant toutes les semaines. Ces moyens financiers le bloquent. En revanche, Valentine qui gagne 2000€ par mois, aura les moyens d’établir certaines priorités. Si elle choisit de ne pas dépenser beaucoup d’argent dans son alimentation, c’est un choix, a priori pas une contrainte.

Avoir une conscience éthique ?

Parce que pour moi c’est de ça dont il s’agit. Au-delà du fait de déterminer si telle ou telle dépense est accessible à mon budget, c’est de savoir si telle ou telle chose est en adéquation avec mes valeurs. Nul besoin d’être riche pour avoir une prise de conscience, pour être sensibilisé à certains problèmes. Pas besoin d’être riche pour savoir qu’en mangeant mieux on est en meilleure santé. Pas besoin d’être riche pour se rendre compte que l’industrie de la mode est néfaste pour l’environnement et pour la personne humaine. Pas besoin d’être riche pour avoir envie de se tourner vers les choses simples de la vie.

Photo by David Dawson on Unsplash

D’ailleurs, avoir moins de moyens financiers, pousse à prioriser ses dépenses. Il y a les dépenses incompressibles puis il y a le reste. C’est dans ce reste que l’on choisit d’établir des priorités en fonctions de ses envies, valeurs et besoins. Une fashionista trouvera toujours le moyen d’acheter ne serait—ce qu’un petit top ou une petite paire de sandales quand vient l’été. Un fumeur trouvera toujours 6€ à dépenser pour son paquet de clopes et un voyageur, trouvera toujours le moyen de partir quelques jours quelque part.

Il me semble qu’à partir du moment où l’on est sensibilisé à quelque chose, notre mode de consommation va se modifier de lui-même. Si l’on est sensibilisé aux pouvoir du « manger mieux », naturellement nous prêterons plus d’attention aux étiquettes des produits de supermarchés, et naturellement nous nous tournerons vers des alternatives plus responsables. Nous adaptons notre budget à nos valeurs.

Si aujourd’hui, en France, la pauvreté rime avec obésité, pour moi c’est (aussi)  un problème d’information. Ces franges de la population ne sont, à mon avis, pas assez informées et éduquées aux dangers des produits industriels préparés. On pense qu’acheter des plats tout prêts nous fera gagner du temps et de l’argent sans savoir qu’en fait, acheter des légumes frais ne sera pas plus cher mais surtout sera meilleur pour la santé. Ici, sans parler de bio ou même d’agriculture raisonnée, prendre conscience que ce qui est issu de l’industrie agro-alimentaire est mauvais pour notre santé, c’est déjà faire un grand pas.

Nous n’aurons pas le même type de consommation que l’on gagne 1000€ ou 10 000 par mois. Mais il n’est pas question de tout faire ou de ne rien faire du tout. Il est question de faire les choses, à son échelle en fonction de ses moyens, ses valeurs et de ses priorités.

J’ai un crédit sur le dos ? Ma priorité est de le payer, je n’ai donc pas vraiment les moyens de me nourrir 100% bio. Ce n’est pas grave ! Mais est-ce vraiment impossible d’essayer de privilégier les produits frais et les circuits courts malgré tout ?

Je ne peux pas m’habiller éthique car je gagne peu d’argent, que j’ai un animal de compagnie et d’autres dépenses qui me paraissent plus importantes que le shopping. Il n’y a pas de mal à ça ! Comme je le disais, tout est une question de priorité. La priorité ici, c’est de se nourrir puis de nourrir et prendre soin de son animal. Viennent ensuite les considérations de loisirs. Il n’y a pas de mal à préférer aller au cinéma que de s’acheter un nouveau pantalon ! (au contraire !).

Dans mon cas par exemple, j’avais choisi de dépenser plus d’argent dans ma nourriture. Manger bien, pour moi c’est important. Puis il y a eu ce projet de voyage. Force était de constater qu’on ne pouvait plus se permettre de faire nos courses à la Biocoop si nous voulions mettre suffisamment d’argent de côté pour partir en voyage. Je suis retournée faire mes courses à Auchan, mais j’ai gardé ma conscience éthique en alimentation : je faisais attention à ce que j’achetais et continuais d’acheter des produits frais issus de l’agriculture raisonnée à défaut d’être bio. J’achetais moins de viande et n’ai pas cédé aux produits transformés. Ma priorité avait changé mais ma conscience restait la même. Je me suis adaptée.

Sachez qu‘il n’y a pas d’échec. Chacun y va à son rythme et à son niveau. Ne pas avoir les moyens de changer ses habitudes ce n’est pas grave. Si l’on a conscience de ce que l’on pourrait changer, quand la situation sera meilleure, c’est déjà bien. En parler autour de soi, c’est déjà faire quelque chose. Ne pas toujours céder aux diktats consuméristes, c’est aussi prendre part à la lutte.

Bien sûr, certaines situations sont plus difficiles à gérer que d’autres. Mais je suis convaincue que si les consciences sont éveillées, alors il est possible de changer ses habitudes. De la même façon que certains trouveront toujours le moyen de s’acheter le dernier Iphone ou une super voiture, d’autres trouveront toujours la possibilité d’avoir une consommation plus responsable et plus éthiques sur certains postes de dépenses. Il suffit d’être prêts à changer ses habitudes, petit à petit.

 

Et vous, êtes-vous prêts à changer vos habitudes de consommation ?

(on en parle dans les commentaires juste en dessous 😉 )

 


Hep ! Ne partez pas comme ça !
Avez-vous lu l’article dans lequel je dis que j’en ai marre des licornes et des Minions ??




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2 commentaires sur “Faut-il être riche pour changer ses habitudes ?

  1. Pour faire partie de la population pas friquée du tout, vivant avec moins de 1000€ par mois, je pense que même quand on gagne moins que le smic (à part situations particulières ou extrêmes) il s’agit effectivement surtout de priorités et de choix. Par exemple, personnellement bien manger + consommer éthique et durable est primordial à mes yeux, du coup je privilégie au maximum le bio/local/circuits courts, etc. Alors oui, ça revient un peu plus cher mais je suis bien placée pour savoir que c’est tout à fait faisable même avec 900€ par mois (c’est plus une question d’information, d’éducation et d’accès aux solutions alternatives intéressantes financièrement qu’une réelle question d’argent). Pareil pour la cosmétique et les produits ménagers. En revanche, comme les vêtements ne sont pas une priorité pour moi et que j’en achète très très peu et les fais durer très longtemps, sur ce sujet là je ne me prends pas la tête et j’achète du pas cher en solde dans les grandes enseignes. Je me dis qu’on fait tous nos petits pas et que personne n’est parfait 😉

    Je bosse dans un boulot mal payé (smic et beaucoup sont à temps partiel), dans lequel la majorité de mes collègues ont fait peu d’études et s’informent seulement par les infos du soir à la télé. Je vois bien dans les discussions que pour la plupart leur priorité est d’acheter un smartphone à 500-600€ à leurs enfants (je comprends l’idée qu’ils aient un tel comme leurs copains, etc, mais enfin au pire un wiko fait bien le job ^^) ou une machine à expresso, et si ils font leurs courses à Lidl pour économiser, ils y achètent aussi des quantités astronomiques de sodas, bonbons, biscuits et autres plats préparés qui finalement reviennent cher. Après, j’essaye de ne pas juger, mais quand on me dit que le bio est trop cher et qu’elles n’ont « pas les moyens », je ne peux m’empêcher de bouillir intérieurement.

    Mais je constate bien quand on aborde ces sujets de bio, d’éthique, etc qu’ils s’en foutent, car ils pensent que c’est pas important (quand j’essaye d’exposer des faits sur l’impact sur la santé par exemple, on me sort souvent « il faut bien mourir de quelque chose ») ou pensent que ce n’est pas pour eux (préoccupation de bobo), ne sont pas prêts à changer leurs habitudes (« ce magasin est trop loin »/ « c’est mon mari qui fait les courses », etc)…
    Je ne sais pas quel est le moyen de changer les consciences dans ces milieux là…

    1. Merci Anne pour ton témoignage qui est très intéressant ! J’arrivais moi même à mettre 800€ de côté /mois en cumulant deux jobs payé au SMIC à mi-temps. J’aime à penser du coup que si cela a été possible pour moi, c’est aussi possible pour d’autres mais quand même, des fois je me demande si malgré tout, je ne suis pas quand même une « privilégiée ». Ton témoignage vient me confirmer que non, je ne suis pas plus privilégiée qu’une autre, j’ai simplement fait des choix que beaucoup ne sont pas prêts à faire.
      Ce que tu racontes est assez triste en fait car ce qont justement ces personnes qui sont le moins favorisés dans la vie qui sont les plus victimes de notre société. Si seulement elles pouvaient comprendre que leur enfant ne sera pas plus heureux en ayant un Iphone plutôt qu’un Wiko ou en mangeant des twix et des m&m’s pour le gouter au lieu de bonnes madeleines faites maison.
      C’est effectivement de plus d’education et d’information dont nous avons besoin. Malheureusement, je constate que ces infos circulent en circuit fermées : on les retrouve sur des médias alternatifs (même Arte en étant un par rapport aux autres chaines de TV) qui subissent une réputation de média innaccessible ou complitiste ou que sais-je encore. Et dans le même temps, les chaines grand public valorisent par tous les moyens possibles la richesse matérielles…

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