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#NotAllMen : Messieurs, nous savons que vous n’êtes pas tous pareils

NotAllMen, tous les hommes ne sont pas pareils, est un concept utilisé par les hommes pour se justifier face aux discours des femmes qui se battent contre le harcèlement de rue, et le sexisme en général. Aujourd’hui, le « Not All Men » est devenu un meme, souvent utilisé pour faire de l’humour sur Internet. On a toutes déjà été face à des hommes qui nous expliquent qu’ils ne sont pas comme ces cons auxquels nous avons été confrontés et qui nous ont emmerdées dans la rue. Bien que ce NotAllMen ne semble pas méchant, nous allons voir en quoi il n’est absolument pas pertinent dans un débat et ce qu’il reflète de notre société. 

Not All Men, l’argument qu’on entend trop souvent.

C’est au cours de mes pérégrinations sur Instagram que j’ai découvert le #NotAllMen. Comme quoi, les failles temporelles des réseaux sociaux ont parfois du bon. Il y a deux jours, je découvrais le compte @tasjoui qui permet de redonner la parole aux femmes concernant leur désir et surtout leur plaisir. À travers des témoignages, des comics humoristiques, et autres petites punchlines, Dora Moutot apporte sa pierre à l’édifice pour mettre fin aux tabous qui entourent la sexualité des femmes. Et alors que je scrollais à travers les commentaires de cette publication, j’ai pu voir à quelques reprises certaines commentatrices parler du « NotAllMen ».

😂 Homme: frotte son gland à l’entrée de votre vagin en montant et en descendant pendant 30 secondes. 🧐 « Est ce que c’est censé être des préliminaires? » ✔️ FOU RIRE, grand classique. ✔️ Vu qu’apparemment je suis obligée de le préciser: quand je poste ce genre de meme, il s’agit à la fois d’une vérité pointée mais surtout d’une VANNE! Certains ont pas l’air d’avoir l’habitude et préfère se vexer mais le concept de l’humour, c’est de grossir les traits. Ça a pas l’air de poser de problèmes quand il s’agit de vannes sur les blondes, les gros seins et les femmes qui savent pas conduire, mais ouloulou…quand on parle des hommes, on peut apparemment plus charrier. « Oh ça vaaa, c’est de l’humour » disent t’ils. # 🤣 SCOOP : l’humour, ça va dans les deux sens! Comme le sexe!

Une publication partagée par T’as joui? (@tasjoui) le

Face à ce concept du NotAllMen que visiblement j’étais la seule à ne pas connaitre, j’étais un peu désemparée. Alors pour ne pas finir la journée plus bête que je ne l’avais commencée, j’ai directement été demander conseil à notre grand gourou : Google.  Forcément, il avait la réponse à ma question. Et encore plus, il avait des vidéos à me présenter et des articles à me faire lire. Wow super, j’avais du pain sur la planche.

À la base, j’avais bien compris que NotAllMen signifie « Pas tous les hommes » mais justement, mon but était de savoir en quoi cette formulation était un des nombreux chevaux de bataille (à moindre échelle bien-sûr) des anti-sexisme. Puis finalement, j’ai compris.

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Avant ce jour, je n’avais pas connaissance de ce concept même si j’avais bien remarqué une chose dans mon expérience personnelle de dialogue avec nos amis mâles : l’un de leurs arguments principaux pour tenter de décrédibiliser mon discours (en tout cas, c’est comme ça que je le percevais) était notamment de dire « nan mais c’est caricatural ce que tu dis, nous ne sommes pas tous comme ça ».

Et voilà comment le sifflet coupé, je me sentais flouée et impuissante. J’avais la conviction au fond de moi que cet argument n’en était pas vraiment un et surtout qu’il fermait le débat sur une chose qui me paraissait hyper importante. Mais seule, sans l’assurance suffisante, ni les connaissances et les arguments à balancer en retour, je fermais ma gueule et gardais ma frustration à l’intérieur.

Faire valoir le droits des opprimés à travers des généralités

C’est vrai qu’en général, on n’aime pas les généralités (lol). Ce n’est pas bien de mettre tout le monde dans le même panier : on est dans les préjugés, et les préjugés, bouh on n’en veut pas ! D’ailleurs, même moi j’ai déjà eu recours à cet argument pour défendre les opprimés : tous les musulmans ne sont pas comme ça, toutes les femmes ne sont pas comme ça, tous les jeunes ne sont pas comme ça…

Puis aujourd’hui, avec ce que je viens d’apprendre, j’ai un autre regard sur cet « argument ». Effectivement, il ne fait pas faire de mauvaises généralités et les préjugés, vaut mieux éviter d’en avoir trop. En outre, dans certains cas, il est important de mentionner que tous les gens ne sont pas pareils. Notamment quand on entend des trucs absolument immondes du genre « les arabes sont des voleurs », « les musulmans, ces gros terroristes », etc etc.

Ceci dit, est-ce que quand on cherche à faire valoir les droits d’opprimés auprès du groupe dominant, il est vraiment pertinent, que l’un dudit groupe dominant viennent dire « nan mais tout le monde n’est pas comme ça » ?

Je m’explique.

Si je dit : « Les gros sont gros car ils mangent trop ». Je ne fais pas valoir les droits des gros auprès des gens pas gros. Clairement, je ne fais pas avancer un débat, au contraire, je l’enfonce.

Si en revanche je dis : « Tous les gros ne sont pas des morfales ». J’essaye, de faire valoir les personnes qui ont un problème de poids auprès du groupe dominant (= non gros).

Donc suivant cette logique, si je dis : « Les femmes se font tout le temps emmerder par les hommes dans la rue ». J’essaye de faire valoir les droits des femmes auprès du groupe dominant (= les hommes). En revanche si un homme vient dire « tous les hommes ne sont pas des harceleurs » sommes-nous en train d’essayer de faire valoir les droits des hommes auprès d’un groupe dominant ?

Non.

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Majorité ne signifie en rien totalité

On ne peut pas généraliser tout le temps. Et au fond, je trouve que c’est même débile de généraliser si on n’a pas des chiffres concrets et fiables à l’appui (et encore, on trouvera le moyen de dire que c’est orienté, ou qu’une autre étude dit le contraire blablabla). Or, quand on parle de sciences humaines et sociales ça devient un peu compliqué. Tout le monde à l’impression de s’y connaitre (parce que nous sommes tous des êtres sociaux) et on a du mal à reconnaître que les sciences humaines sont une réelle science. Mais c’est un autre sujet.

En fait, comme le dit justement Lionel Davoust sur son site internet (lien en bas de l’article) le problème avec la généralisation c’est qu’on a tendance à dire « tous » et donc à renvoyer à la totalité d’un groupe. Et ça, c’est débile. En fait, quand on généralise quelque chose, et c’est notamment ce qui se passe avec les questions de sexisme, on parle en vérité d’une majorité. Et la majorité ce n’est pas la totalité.

Se servir de la majorité, permet de valider une thèse, un argument. Et parler de majorité, implique, de fait, l’existence de minorité(s). Sortir un contre-exemple en se basant sur une minorité n’a pas lieu d’être car cela voudrait dire qu’on affirme quelque chose dans sa totalité. Or, l’idée est bien de dénoncer et de combattre une situation majoritaire (mais pas totale donc) sans réfuter la présence de minorités.

En clair, l’argument n’a pas lieu d’être car il est hors sujet.

En encore plus clair : « Ok, mais on ne parle pas de toi ni de ceux que tu connais qui n’ont pas un comportement déviant.». (Qui ont juste un comportement normal en fait.)

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Par exemple, quand on dit que l’Islam est la religion majoritaire de l’Indonésie, on comprend parfaitement que cela signifie qu’il y a + de 50% de musulmans en Indonésie mais qu’il existe aussi d’autres religions, minoritaires donc. Vous êtes bien d’accord qu’il serait tout a fait ridicule, que quelqu’un se lève pour annoncer « non regarde, moi, je ne suis pas musulman et je vis en Indonésie ». Ok… et ? C’est évident en fait qu’il n’y a pas QUE des musulmans en Indonésie, de la même façon que c’est évident que TOUS les hommes ne sont pas des gros machos/sexistes/[enter_title].

Comment un « non, pas moi » vient décrédibiliser tout discours

Là où ça devient fallacieux, c’est que sortir ce genre d’évidence va venir invalider l’argument tout entier : si tu affirmes ça, mais que moi, je te montre un contre-exemple, alors ton argument est faux. Point barre.

En plus, la personne qui revendique quelque chose est décrédibilisée. Plus aucune importance n’est accordée à son propos. L’affaire est réglée. Merci, bonsoir.

Sauf que, vous êtes d’accord avec moi (enfin j’espère), ce genre d’argument est plutôt de mauvaise foi. Ce n’est pas parce que tous les hommes n’ont pas de comportement déviant que le harcèlement de rue ou le sexisme n’existent pas. Ce n’est pas parce que tous les hommes ne battent pas leur femme que les violences conjugales n’existent pas. Ce n’est pas parce que votre ami noir a trouver du travail, que la discrimination à l’embauche n’existe pas.

Un not all men, entre les lignes, ça veut dire « je n’accepte pas ce chapeau que tu me fais porter car je suis un homme et que tu parles des hommes ». Doit-on alors, en tant que femme, se confondre en excuse : « pardonne moi de t’avoir fait penser que je te mettais dans le même panier ! Tu as raison, tous les hommes ne sont pas comme ça, j’ai tord de parler, fouette-moi » ? Non.

Un sentiment d’injustice contre le harcèlement de rue

82% des françaises de moins de 17 ans ont été victimes d’harcèlement de rue et 100% des françaises qui prennent les transports en commun en France ont déjà été victimes au moins une fois d’harcèlement. Il serait quand même bien étonnant qu’autant de femmes soit harcelées par une minorité d’hommes, comme le laisse entendre un « not all men » mal placé.

Pourtant ces chiffres, qu’on le veuille ou non, sont alarmants et cristallisent un véritable problème de société. Plutôt que de faire croire aux femmes que ce qu’elles disent c’est bullshit, tournez-vous vers vos alter-ego qui ne savent pas se tenir. Ce n’est peut-être pas vous, mais peut-être un ami, un voisin, un cousin, un collègue, un inconnu croisé dans la rue, peu importe son âge et sa situation sociale.

Et ces chiffres ne concernent que le harcèlement de rue, le sujet autour duquel la cause anti-sexiste s’est matérialisée dans les médias. Mais en vrai, quel est le pourcentage de femmes à qui l’on a déjà fait une remarque déplacée et sexiste ailleurs que dans la rue ? C’est vrai que les intentions ne sont pas toujours mauvaises. Un collaborateur qui fait un compliment à une femme sur la façon dont cette jupe lui sied parfaitement les fesses a certainement de bonnes intentions. Et pourtant, c’est déplacé. À moins que vous ayez élevé les cochons ensemble, mais c’est autre chose.

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Si, en tant qu’homme, tu ressens le besoin de te justifier et de redorer l’image de tes pairs, je t’invite à essayer de savoir pourquoi.

Pourquoi as-tu cette réaction ?

Certains viennent crier à l’injustice. C’est injuste de mettre les hommes dans le même panier. C’est même injuste de te mettre dans ce panier alors que tu n’as jamais rien eu à te reprocher. C’est vrai. Mais est-ce juste que les femmes se fassent sans cesse mater, interpeller, suivre, insulter, harceler alors qu’elles sont seules dans la rue ? Est-ce que c’est juste qu’une femme se sente en insécurité dans la rue ? Est-ce juste qu’elle ne puisse profiter de cet espace public au même titre que les hommes, sans subir les remarques, regards et attitudes déplacées ?

Les injustices sont multiples. Certains hommes nous disent même qu’eux aussi, ils se font emmerder dans la rue. Ils font notamment référence au racket. Mais messieurs, sachez que ce n’est pas parce que les femmes libèrent leur parole sur le harcèlement de rue, qu’elles réfutent les injustices qui existent aussi pour les hommes. Et puis, le harcèlement de rue vient du sexisme, une discrimination faite à partir du genre (homme ou femme) exclusivement. Le racket n’est pas une injustice due au genre, c’est donc un autre débat, un autre combat.

Et oui, peut-être y-a-t-il aussi parmi vous des mecs qui se sont fait emmerder dans la rue par des femmes. Oui, ça doit exister. Mais d’une part, on ne nie pas le fait qu’il y aussi des femmes qui ne savent pas se tenir et le combat autour du harcèlement de rue tente de faire évoluer les mentalités de tout le monde. Et d’autre part… voyons. Vraiment, vous pensez que votre argument est honnête intellectuellement ? Si oui, je vous invite à relire le début de cet article. 

Utiliser le #NotAllMen pour cacher sa culpabilité 

D’autres ressentent peut-être de la culpabilité. Et se sentent obligés de crier qu’ils ne sont pas comme ça pour noyer le poisson ? Pourquoi te sens-tu coupable ? Est-ce parce que tu penses avoir déjà eu ce genre de comportement toi-même et que tu le regrettes ? Dans ce cas, c’est tout à ton honneur de reconnaître ta faute. Et nous espérons sincèrement que tu sauras changer ton attitude.

Tu n’as rien à te reprocher mais tu cherches quand même à invalider le débat ? Pourquoi ? Si tu ne te sens pas concerné, alors évite de venir participer à un débat qui ne te concerne pas. Si tu fais déjà tout comme il faut, tant mieux. Mais n’invisibilise pas tout un problème juste parce que TOI tu ne fais pas comme ça. Au delà de l’égocentrisme qui en découle, c’est aussi, je trouve, très irrespectueux pour l’ensemble des femmes qui chaque jour sont harcelées.

Perso, quand on me dit « toutes les femmes sont nulles au volant » ou « toutes les femmes sont chiantes pendant leur règles » , je ne me sens pas toujours dans l’obligation d’annoncer que non, toutes les femmes ne sont pas comme ça. En fait, je ne me sens pas coupable, car je n’ai pas l’impression d’être chiante pendant mes règles. Irritable oui, certainement, chiante non. Pas plus que le reste du temps.

Tu te sens coupable car tu es un homme. La culpabilité du genre pourtant on connait. Se sentir coupable de ne pas jouir. Se sentir coupable de ne pas satisfaire sont partenaire (alors même qu’on n’est pas satisfaite). Se sentir coupable et honteuse d’avoir mis cette petite jupe qui a donné l’occasion à ces hommes de se rincer l’œil ou de se masturber en public. Se sentir coupable quand on se fait agresser, battre ou violer. Bref, la culpabilité, c’est plutôt un truc de meuf.

Puis là, ça vous arrive en plein dans la figure. Tu l’avais vu venir ce pavé féministe jeté violemment dans la flaque de la société, t’éclaboussant de honte et de culpabilité ? Ça fait comment de se sentir impuissant face à ce que l’on considère être des préjugés ? Ça fait comment de se sentir un peu femme ? 

Messieurs, pour une fois laissez parler les femmes. S’il vous plait. 

On ne demande pas aux hommes de nous rappeler qu’il y a des mecs biens, on le sait, on en connait et toutes nos expériences au contact du mâle ne sont pas désagréables et heureusement !

Dans l’article rédigé pour le blog jesuisfeministe.com, l’autrice propose aux hommes de ne plus se sentir coupable, mais plutôt de se sentir responsable. Et je trouve que c’est une bonne idée. Plutôt que d’essayer de combattre les femmes et leurs discours anti-sexisme, pourquoi ne pas se responsabiliser face à ce que la société a fait de nous, hommes et femmes ? Pourquoi ne pas accepter simplement, le fait que oui, nous sommes dans une société patriarcale et extrêmement genrée et que forcément, tous les hommes et toutes les femmes ont grandi dans cette culture et en ont récupéré les vices.

Messieurs, acceptez le cri de colère des femmes, acceptez les reproches, les discours, acceptez le fait que les hommes et les femmes n’ont pas toujours une attitude exemplaire. Et acceptez que l’Autre sexe ait une autre vérité et surtout, une autre expérience de la vie que vous.

Et plutôt que de nous rappeler que tous les hommes ne sont pas comme ça, -chose que nous savons déjà et qui ne fait en rien avancer le débat- pourquoi ne pas admettre que tous les hommes ne sont pas exemplaires et qu’il reste du travail à faire à de nombreux niveaux. Et si au lieu de vous battre contre nous, vous vous battiez avec nous ?

Et si vous êtes du genre sceptique et que vous doutez encore que le harcèlement de rue existe, je vous invite très chaudement à lire l’incontournable PayeTaShnek pour enfin prendre conscience de l’ampleur du problème… et arrêter de décrédibiliser les femmes sur ce sujet qui a toute sa légitimité. 

Pour aller plus loin sur le sujet, je vous invite à lire ces articles : 

Lionel Davoust – « Not all Men » ou l’argument dans « Oui mais pas moi »
Jesuisfeministe.com – Lettre ouverte aux notallmen
GQMagazine – Not All Men, Parlons-en

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