devenir vegetarienne

Pourquoi suis-je devenue végétarienne

En juin 2017, alors en retraite d’écriture à Lombok, je prenais le temps de vous partager mes convictions par rapport au fait de manger de la viande. Je vous y écrivais les raisons qui me poussaient à ne pas être végétarienne. À l’époque, alors en voyage longue durée, j’étais confrontée chaque jour aux conditions de vie les plus simples. Cela m’avait alors beaucoup questionnée sur l’élevage et m’avait permis d’écrire ces lignes en faveur de l’élevage paysan. Aujourd’hui, un an et demi après, ma pensée a fait du chemin. Et pour cause, je suis végétarienne depuis 3 mois. Une décision que j’ai prise du jour au lendemain, ou presque, mais qui m’a paru essentielle : je ne me suis jamais sentie autant en phase avec mes convictions personnelles.

Ce jour où j’ai décidé d’arrêter la viande

Alors que novembre commençait à peine et que nous revenions d’un magnifique voyage d’un mois en Iran, un soir, nous décidons de regarder le documentaire Terra de Yann Arthus Bertrand. Dans ce magnifique film, le photographe et son équipe nous montrent l’évolution de la Terre, du stade où nous n’étions rien d’autre que des agrégats de bactéries jusqu’à aujourd’hui. Le film ne s’attache pas particulièrement à la question de la consommation animale. Pourtant, dans l’escalade du « progrès » selon l’espèce humaine, il fallait aborder au moins quelques minutes la question de l’élevage industriel, tant celui-ci a transfiguré notre planète et notre rapport aux animaux. Et c’est ainsi qu’après presque une heure de film, j’ai vu mes premières images de vache pendues à des crochets.

Je n’avais encore jamais voulu regarder des images d’élevage animalier. Simplement parce que je me suis toujours dit que je n’avais pas besoin de voir pour comprendre ce qu’il s’y passe. Il y avait certainement une part de peur, mais je crois aussi que les mots sont assez puissants. Je préférais me préserver et ne ressentais pas le besoin de déployer ma curiosité jusque-là. Les images du film n’ont rien de particulièrement choquant. Ce ne sont que des images neutres de ce qu’il faut faire pour tuer un animal destiné à la consommation. Ni plus ni moins. Pas d’acte de torture, pas de démonstration de violence ou de souffrance. Juste la démonstration la plus normale, documentée grâce à la vidéo. Des actions quotidiennes froides et banales entreprises dans les abattoirs du monde.

N’empêche que ça a été radical. Ces images plus quelques autres informations données pendant le film (j’en parle juste après), m’ont suffi pour dire à Arnaud, dès les premières lignes du générique final : « c’est décidé, j’arrête de manger de la viande ».

C’était le 3 novembre 2018 et le lendemain, je refusais le veau de ma belle-mère.

terra

Deux jours après, on prenait l’avion pour la Malaisie. Inconsciemment, je pense que cet évènement a aussi joué dans ma prise de décision : je n’aurais pas à assumer mon changement de régime alimentaire devant mes proches. Expatriée, je vis comme je l’entends et je me préserve des jugements d’une société qui a encore du mal à comprendre les véritables enjeux du végétarisme.

Il parait que quand tu deviens végétarien, tout le monde autour de toi devient nutritionniste. En vivant à l’étranger, je m’extirpe de ça, fait mon cheminement dans mon coin et quand je reviendrais, j’aurais les outils et les arguments pour assumer pleinement le fait que je sois devenue végétarienne.

Mais venons-en aux faits : pourquoi suis-je devenue végétarienne ?

Je répondrais à la question en trois temps. D’abord, je vous parlerais des raisons relatives à la santé, ensuite de celles par rapport à l’environnement et enfin de la question des animaux. Même si je pense que les trois thématiques sont aussi importantes les unes que les autres, il est vrai que personnellement, ce classement est significatif de mon rapport à la nourriture. Je suis devenue végétarienne en premier lieu, car je pense à ma propre santé, ensuite parce que je pense à la planète. La question du bien-être des animaux, bien que j’y sois sensible, n’est pas la raison principale pour laquelle je suis devenue une « sans viande ».

Je suis devenue végétarienne parce que c’est meilleur pour ma santé

Je ne pense rien vous apprendre en vous disant que consommer de la viande n’est pas nécessaire à notre bonne santé. Même si cela y participe, on peut aussi très bien se passer de viande. Quoi que les préjugés en disent, il a été prouvé de nombreuses fois et depuis pas mal de temps maintenant que l’on peut trouver dans les végétaux des sources de protéines aussi importantes que lorsque l’on mange de la viande. Je savais déjà que je n’avais pas besoin de viande pour être en bonne santé et cela se traduisait par une baisse progressive de ma consommation de viande. En devenant végétarienne, je ne me suis donc pas posé la question de carences, etc. Parce que je savais que je pouvais aisément remplacer mes apports en protéines grâce à la consommation de légumineuses, tofu, haricots et compagnie.

Quand je parle donc des raisons de santé qui m’ont poussée à adopter ce régime végétarien, je parle de motifs indirects et beaucoup plus larges qu’un simple apport en protéines.

Même lorsque je mangeais de la viande, je faisais attention à ce que je consommais. Tant que je vivais en France, j’achetais mes légumes et fruits avec le moins de pesticides possible et faisais attention à leur provenance. On est ce que l’on mange et je n’avais pas envie d’accumuler, dans mon organisme, des produits toxiques qui, j’en suis persuadée, entrainent nombre de dérèglements pour notre santé. Les OGM font partie de ces choses que je fuis et refuse de manger. Mais même si je prenais soin de ne pas consommer de produits contenant des OGM (et en France, on a de la chance pour ça), j’avais complètement oublié une chose que le documentaire Terra s’est gentiment chargé de me rappeler : les animaux que je mange sont nourris aux OGM.

Même si en France il est interdit de cultiver des OGM depuis 2008, force est de constater que nous sommes l’exception qui confirme la règle. En 2014, 82 % des surfaces de soja cultivé et 30 % du maïs cultivé dans le monde était OGM. Or, ces cultures sont principalement destinées à nourrir les animaux que nous mangeons. Et il serait naïf de penser que les animaux élevés en France sont nourris avec des produits cultivés exclusivement en France. L’importation de céréales pour nourrir les animaux en France provient, en partie, des États-Unis, de l’Argentine ou du Brésil pour lesquels la proportion de culture de maïs OGM atteint respectivement 85 %, 95 % et 90 %.

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Même si aucune étude n’a prouvé l’impact négatif des OGM sur la santé humaine, je reste méfiante face au pouvoir des lobbies. L’OMS n’a cependant jamais constaté qu’il y a plus de risques à manger des OGM que des aliments classiques. Cela dit, personnellement je crois que quand on commence à faire de la chimie avec notre alimentation, cela ne présage rien de bon. D’autant que les OGM sont conçus pour résister aux agents pathogènes et tolérer les herbicides. On découvre des nouveautés sur les effets indésirables de certaines substances sur notre organisme, je ne serai pas étonné qu’un jour on détecte que les OGM sont en partie responsables de notre piètre santé.

Et là je ne parle que de l’influence sur ma santé. Bien entendu, les cultures OGM ont un impact sur l’environnement et cela a déjà été prouvé.

Autre point essentiel qui concerne ma santé et même la vôtre : la question des antibiotiques.

Là non plus j’espère ne rien vous apprendre : les animaux que nous mangeons sont traités quotidiennement pour éviter de choper des maladies. Maladies qui, soit dit en passant, sont le résultat des conditions d’élevage catastrophiques. Chaque jour, les poulets, bœufs, vaches, porcs et autres reçoivent leur dose de médicament lorsqu’ils sont nourris. Pire, les animaux sont soignés alors même qu’ils ne sont pas malades. Les antibiotiques sont donc utilisés de manière préventive.

Vous vous souvenez de la campagne « les antibiotiques, c’est pas automatique » ? Celle-ci, lancée en 2009, avait pour but de sensibiliser les gens à l’usage des antibiotiques. Il ne faut pas en abuser, car à la longue ils finissent par devenir inefficaces. Or, si nos bactéries pathogènes deviennent résistantes aux médicaments qu’est-ce que cela signifie ? Que la maladie peut se développer tranquille pépère (souvent plus forte que ce à quoi l’on est habitué) et mettre en péril la santé de sociétés tout entières.

Alors même si nous, en tant qu’individus, nous évitons de consommer trop d’antibiotiques pour notre santé et pour la santé publique, quid des antibiotiques qui se retrouvent dans nos assiettes ? Les chiffres sont monstrueux. Selon Union of Concerned Scientist, les animaux d’élevages consomment 12 300 tonnes d’antibiotiques par an. Le Canada a estimé que ses animaux consomment 1,7 fois plus d’antibiotiques que les humains. Dans un communiqué de 2017, l’OMS alertait les gouvernements en annonçant que 80 % des antibiotiques importants pour la médecine humaine sont consommés par l’industrie animalière pour favoriser la croissance d’animaux sains.

Le fait est que tant d’antibiotiques permettent aux agents pathogènes de devenir plus forts et plus dévastateurs. Cela pourrait être un sujet d’article à part entière, mais l’élevage industriel, aujourd’hui, est un véritable danger pour la santé humaine.

Je suis très attachée à ma santé physique et mentale. Mes choix alimentaires découlent de cette volonté de bien-être. Manger de la viande représente désormais pour moi un risque potentiel de maladie dont je peux m’épargner facilement.

J’ai arrêté de manger de la viande pour préserver la Terre

Être végétarien est souvent associé à un acte écolo. Et pour cause, l’élevage est l’industrie la plus polluante du monde. En représentant 18 % de la totalité des émissions de gaz à effet de serre produits dans le monde, l’élevage se situe tristement à la première marche du podium des secteurs responsables du réchauffement climatique. Pour vous dire, c’est 40 % de plus que tous les modes de transports réunis. Pour certains, il est impossible de se considérer écolo tout en mangeant de la viande. Je ne suis pas si radicale que ça, même si, objectivement, j’ai du mal à comprendre comment on peut évincer la question de sa consommation de viande quand on cherche à adopter une démarche écologiste.

Par ailleurs, un tiers des terres cultivées dans le monde sont destinées à nourrir le bétail. Au total, ce sont les deux tiers des terres agricoles du monde qui sont utilisés pour l’élevage animalier. Cette culture massive engendre un appauvrissement des sols, participe à la déforestation dans de nombreux pays et met en péril la situation économique de petits agriculteurs. Je pourrais aussi vous parler de l’utilisation des pesticides (notamment en France) qui découle des besoins gigantesques en céréales pour l’industrie de la viande ; ou encore des pets de vaches qui, à cause de ce qu’on leur donne à manger, émettent beaucoup de gaz à effet de serre.

Aussi, les antibiotiques utilisés se retrouvent dans les déjections des animaux qui polluent ensuite nos sols, nos eaux et donc nos mers et océans. Je ne vous parle pas encore du lisier de porc, mais si vous saviez la véritable catastrophe écologique que cela représente, votre conscience écologiste vous chuchoterait d’arrêter de manger des lardons (même si c’est bon, je sais).

Et puis la pêche. La surpêche est un véritable désastre pour la biodiversité marine. Saviez-vous que pour 500 g de crevettes d’Indonésie pêchées c’est près de 13 kg d’autres animaux et mammifères marins qui sont tués puis rejetés à la mer ? De manière générale, l’engouement pour certaines espèces et le ratissage des fonds marins causent la mort des coraux, bouleversent la chaine alimentaire des animaux marins et entrainent un profond déséquilibre de tout cet écosystème fragile. Si l’on continue comme ça, les experts prédisent l’extinction totale de toutes les espèces pêchées d’ici moins d’une cinquantaine d’années.

Et le poisson d’élevage me direz-vous ? Ceux-ci sont principalement nourris avec des petits poissons pélagiques sauvages réduits en farine et en huile. Ils sont donc pêchés dans les mêmes conditions que le poisson sauvage que l’on mange. On n’évite pas vraiment la surpèche. Une autre partie de l’alimentation est basée sur les protéines végétales avec, je vous le donne en mille : la culture de soja génétiquement modifié. De plus, les conditions d’élevage sont telles que les poissons ne se développent pas correctement et ont des maladies.

Bref, poisson sauvage ou poissons d’élevage, au bout du compte, c’est du pareil au même.

Vous l’aurez donc compris, entre les émissions massives de gaz à effet de serre, la déforestation, l’atteinte à la biodiversité marine, mais aussi terrestre, la pollution des sols et des eaux, je préfère ne plus manger de viande plutôt que de chercher l’alternative la moins pire.

Je ne mange plus de viande par respect pour les animaux

Je ne me considère pas comme une grande amie des animaux. Je les aime bien, mais ça s’arrête là. J’ai adoré mon chat, j’ai beaucoup aimé la chienne de mes parents, mais je peux très bien vivre sans animal de compagnie. C’est d’ailleurs cette distance entre moi et les animaux qui m’a permis et me permet encore de comprendre qu’on peut ne pas avoir de problème à manger les animaux. Au fond, je comprends qu’on puisse avoir envie de les manger. Quand je vois un steak dans une assiette je ne suis pas dégoutée et quand je sens l’odeur d’un barbecue, ça me parait toujours alléchant.

Certaines personnes trouvent inadmissible qu’on puisse avoir envie de manger un animal doué de conscience et de sensibilité, pas moi. Après tout, je suis un animal comme un autre. Cependant, alors même que manger de la viande ne me dérangeait pas, j’essayais d’être la plus éthique possible dans mes choix. D’accord, ça ne me dérangeait pas que l’on tue un animal pour que je le mange, mais j’espérais au moins qu’il avait eu une belle vie.

devenir végétarien

Et puis j’ai lu « Faut-il manger les animaux ». Ce livre d’utilité publique permet de bien comprendre de quoi l’on parle en matière d’élevage industriel. L’élevage industriel représente plus de 90 % de l’élevage animalier dans le monde. En France, on parle de 80 % des animaux qui subissent l’élevage intensif. Autrement dit, la quasi-totalité des produits animaliers que nous consommons provient de fermes intensives. Peu importe leur provenance.

Bien qu’en France les bovins soient encore les mieux lotis (une grande proportion a toujours accès à l’extérieur), les autres animaux ne jouissent pas des mêmes privilèges :

  • 83 % des poulets de chair sont élevés sans accès à l’extérieur
  • 69 % des poules pondeuses sont élevées en batteries de cages
  • 99 % des lapins sont élevés en batteries de cages
  • 95 % des cochons sont élevés sur caillebotis en bâtiment

En cage ou sur caillebotis cela revient au même : ces animaux n’ont pas accès à l’extérieur. Dans certains pays, « élevé en plein air » veut simplement dire que le hangar est équipé d’une fenêtre.

Outre ses conditions d’élevage atroces, les animaux sont maltraités. Les poussins males sont broyés et gazés (et terminent en nuggets), on meule les dents et la truffe des porcs pour éviter les accidents (dus à la proximité des animaux), on leur coupe la queue pour éviter qu’ils mangent celle du voisin quand ils s’ennuient. Les truies sont maintenues en gestation dès qu’elles ont 6 mois. Enfermées dans des cages elles ne peuvent pas se tourner, ni marcher. De la véritable torture pour ces animaux qui ont besoin de se rouler dans la terre, de fouiller avec leur groin et de jouer les uns avec les autres.

Les porcs sont castrés à vifs. Ceux destinés à la charcuterie sont engraissés pour gagner une centaine de kilos en 4 mois, toujours en vivant dans une cellule de 1m2. Les vaches laitières sont fécondées artificiellement pour qu’elles donnent naissance à un veau par mois. Celui-ci leur est retiré dès le 1er jour et les vaches sont maintenues en hyperproduction de lait qui leur cause des inflammations des pis, une hypertrophie des mamelles et d’autres bizarreries. Les modulations génétiques qui ont eu lieu depuis des années sur les poulets de chairs en font des êtres difformes incapables de se déplacer correctement. Ils souffrent de nombreuses maladies.

Les conditions d’abattage sont évidemment dans la continuité de cette torture organisée. Il n’est pas rare que l’étourdissement des vaches ne soit pas assez efficace et que celles-ci soient saignées alors qu’elles sont toujours conscientes. Pour l’abattage rituel, les vaches sont souvent égorgées sans être étourdies.

Les poulets sont entassés dans des camions en subissant de nombreuses douleurs puis ils sont accrochés encore vivants avant d’être plongés dans des bains d’eau électrifiée pour être étourdis. Aux États-Unis, le voltage n’est souvent pas assez puissant pour étourdir les bêtes. En France, même si la règlementation est plus stricte, certains abattoirs ont quelques ratés. Les animaux sont ensuite saignés.

Je ne vous fais là qu’un bref résumé, mais le détail est bien plus choquant. Les conditions de vie et de mort sont immorales, mais la brutalité et le sadisme des hommes le sont encore plus.

Face à des chiffres aussi conséquents, je me suis rendue à l’évidence : éviter la viande issue de l’élevage intensif est presque une mission impossible.

J’arrête de manger de la viande, car je ne veux plus être hypocrite

C’est la première chose qui m’est venue à l’esprit en regardant Terra : je suis hypocrite. Je suis hypocrite avec moi-même et avec la planète.

Je dis que je souhaite avoir un mode de vie éthique, que je veux avoir une consommation plus responsable et que je me soucis du bien-être animal et de ma santé tout en continuant à manger de la viande. Je dis que je fais attention à ce que j’achète, mais force est de constater que je me fie aux labels, sans vraiment connaitre leur qualité.

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Et que dire des produits dérivés de la viande (charcuterie, jambon, lardons) et des repas mangés au restaurant ou chez des amis ? Il m’est impossible de contrôler la provenance de toutes les viandes que je mange. Impossible aussi de connaitre la façon dont elles sont élevées. Qui me certifie que cette côte de bœuf n’est pas issue des 50 % de vaches laitières qui terminent dans nos assiettes ? Qui me certifie que ce bacon est vraiment bio ? Et que signifie « bio » dans la filière animale ?

Puis, même si toutes mes conditions de qualité sont respectées en matière d’élevage, qu’en est-il de l’abattage ? En France, comme ailleurs, les éleveurs ne gèrent pas l’abattage de leurs animaux. Même si mon petit paysan prend soin de ses vaches ou de ses cochons, comment je sais qu’elles ont été tuées dans les meilleures conditions qu’elles n’ont pas souffert ou subit un raté ?

Si je veux avoir une consommation responsable, je dois avoir la réponse à toutes ces questions. Et au final, mon mode de vie actuel ne me permet pas d’obtenir des réponses satisfaisantes. Alors la meilleure chose que je pouvais faire, c’était de devenir végétarienne.

Refuser de manger ces animaux dont je ne sais finalement pas grand-chose sur les conditions de vie et de mort. Et ainsi être en accord avec mes convictions. Dans le doute, je ne mange pas.

La question du plaisir de manger des animaux

En poussant ma réflexion, j’en suis venue à me demander une chose : est-ce que je suis prête à accepter ces zones de flou, ces conditions de vie et de mort atroces, pour mon plaisir gustatif ?

Aimé-je autant la viande pour accepter d’en manger malgré tout ce que cela implique ? Oui, j’aimais la viande, mais non, je ne suis plus sure que mon plaisir justifie autant d’atrocités et de dangers. C’est, je crois, ce qui me permet — et qui permet à tout ceux qui sont devenus végétariens — de ne plus avoir envie de manger de la viande. Quand j’en vois dans l’assiette de mon voisin, je ne suis pas dégoutée, mais je n’ai pas envie d’en manger. Parce que je n’aime pas tout ce que cette cuisse de poulet représente.

Je continue cependant à manger des œufs et du fromage. J’ai conscience que pour aller au bout des choses, au bout de mon raisonnement, c’est le régime végane qu’il faudrait adopter (je reste perplexe sur la consommation d’œufs dans certaines conditions cependant). Je ne suis pas encore prête à y passer. Chaque chose en son temps. Le fait que je vive à l’étranger y joue pas mal : les alternatives végétariennes sont déjà assez rares, si je deviens végane, je crois que ça va devenir très compliqué. Mais peut-être qu’un jour, j’y passerai ?

oeufs poule ferme
via Unsplash

Je terminerai cet article en vous disant que je comprends que l’on puisse avoir encore envie de manger de la viande. Et je ne blâme personne. J’espère cependant que cet article vous aura permis de mieux comprendre ce qui se cache derrière votre steak, votre poisson grillé ou vos ailes de poulet. Mais surtout que cela vous poussera, à défaut de stopper votre consommation, d’y réfléchir à deux fois.

Si vous souhaitez continuer de consommer de la viande, privilégiez les filières bio qui malgré tout, restent meilleures que les filières classiques. On a tendance à croire que manger du poulet c’est mieux que manger de la viande rouge. Il n’en est rien. Aux vues des chiffres exposés plus haut, manger du bœuf est, au regard des conditions d’élevage, l’alternative la moins pire. Si vous achetez du poulet, sachez que les Label Rouge et Bio sont signes de bonnes conditions de vie en France. Évitez les produits préparés qui contiennent de la viande ou ses dérivés (sandwich, jambon, chicken wings, charcuterie…). Renseignez-vous auprès de votre boucher pour connaitre l’origine des produits qu’il vous vend. Essayez de connaitre les producteurs et les conditions d’abattage. Si vous le pouvez, achetez votre viande directement au producteur. Les circuits courts leur sont plus bénéfiques et ils seront certainement plus transparents sur la façon dont ils élèvent le bétail (et le font tuer).

En ce qui concerne le poisson, c’est compliqué. De manière générale, préférez les poissons sauvages. Mais évitez les poissons « mainstream » comme le cabillaud ou le maquereau. Préférez des poissons plus rares. Aussi, faites attention à la taille du poisson : plus il est gros, plus il mange d’autres poissons, plus il est pollué par le plastique présent dans la mer. Typiquement, préférez la truite au saumon. Aussi, faites attention à l’origine des poissons.

Consommer, c’est voter. Prendre conscience de ses choix de consommation et de ce qu’ils impliquent, c’est un peu comme s’investir d’un pouvoir politique. Même si je ne pense pas que les seules actions individuelles servent à faire bouger les choses, l’action cumulée permet de faire évoluer les mentalités et in fine d’avoir un moyen de pression sur les politiques mises en place. Ne pas s’interroger sur sa consommation de viande, c’est voter pour un modèle économique basé sur la souffrance de tous, des animaux, des êtres humains et de la terre. Et aujourd’hui, en 2018, il me semble que tout cela n’est plus acceptable.


Mes sources :

7 commentaires sur “Pourquoi suis-je devenue végétarienne

  1. Merci Laure pour cet article très intéressant. Je suis consciente que manger de la viande à notre époque c’est valider des choses que l’on peu considerer comme inacceptables. Et ton choix est sans doute le bon. Mais je continue a prendre plaisir à manger de la viande , du poisson, des crustacés et parfois de la charcuterie parce que c’est ce que j’ai toujours fait. Je n’imagine pas m’en priver…. Mais je respecte ton choix. .
    Tatie valou

    1. Mon but avec cet article n’est pas de convaincre les gens de devenir végétariens. C’est un choix personnel qui se fait en fonction des convictions de chacun. Je ne suis pas la pour jeter la pierre, juste pour éveiller les consciences encore une fois. Remettre en question un régime alimentaire auquel on est habitué depuis beaucoup d’années, dans un pays dans lequel la nourriture est aussi importante que le nôtre, n’est pas facile. Mon but ici est surtout d’essayer que ceux qui mangent de la viande sans se poser de questions, finissent par s’en poser un peu plus dans les rayons du supermarché.

  2. Tout ce que tu décris de négatif (OGM, antibiotiques, impact négatif sur la planète…) et dont je suis consciente ne me fait pas venir à la même conclusion que toi : oui, je mange de la viande, mais moins, et de la viande en circuit court, d’agriculteurs dont je connais les méthodes (des animaux nourris à l’herbe, qui vivent dans les champs, car heureusement en France cela existe encore). Je mange aussi des petits poissons gras, sauvages et issus de la pêche durable.

    L’aspect santé est primordial pour moi, car l’alimentation et la nutrition sont au cœur de ma vie, étant naturopathe (et gourmande ^^).
    Je nuancerais ton idée que manger de la viande n’est pas nécessaire. Il est difficile de faire des généralités en nutrition, car personne n’a le même microbiote, les mêmes capacités digestives, les mêmes capacités enzymatiques, etc.
    Personnellement, quand je mange végétarien pendant une longue période, j’ai des coups de fatigue, des grosses pulsions de sucre, je ne me sens pas bien (et pourtant, j’ai toutes les connaissances nécessaires en nutrition pour équilibrer mes repas vg, et j’ai plaisir à manger comme cela. Mais les protéines végétales sont un peu moins assimilables et je pense que mon intestin a du mal avec elles.).
    Autre exemple : les personnes qui ont un syndrome de l’intestin irritable vont avoir beaucoup de difficulté à être végé, et à fortiori vegan, étant donné qu’une bonne partie des légumineuses, oléagineux, céréales complètes, etc comportent des fodmaps qui vont provoquer chez eux des crises.

    Bref, oui, il y a bien sûr des gens qui peuvent être vg ou vegan et en parfaite santé (et c’est super pour toi si ça te réussit !), mais ce n’est pas le cas de tout le monde. D’autant que là tu ne parles et je ne parle que de l’aspect protéines, mais je pourrais aussi partir sur le zinc, assez peu présent dans les végétaux, l’EPA et le DHA, indispensables et qui n’existent pas tels quels dans les végétaux (on peut normalement les transformer à partir de certaines sources végétales, mais là aussi cette transformation ne marchera pas chez tout le monde)…

    Je trouve que c’est très bien pour ceux qui le veulent et peuvent, ceci dit, car si je ne suis pas pour une suppression générale pour tout le monde, je pense que réduire la consommation de produits animaux est nécessaire d’un point de vue écologique et éthique. Mon frère est vegan, par exemple, et dans ma famille ou il y a des réticences j’aime cuisiner des super repas végétaliens avec lui pour démonter les clichés et montrer qu’on peut se régaler sans produits animaux. 🙂

    1. Bonjour Anne et merci pour ton commentaire !
      Tout d’abord, il est vrai qu’en France on peut encore s’approvisionner en bonne viande quand on vit aux bons endroits et qu’on connait les bons circuits. Et heureusement. Après vient la question de l’abattage mais soit, je peux comprendre qu’on le mette de côté. Pour ma part, je ne peux pas suivre ces circuits car je vis a l’étranger. L’information est plutôt opaque et la viande très souvent importee.

      Sur l’aspect nutritif, je ne remet pas en question ce que tu dis, c’est vrai que les orgabismes sont tous différents et que certains sont moins tolérants que d’autres. Mais dans le même sens, la viande peut aussi être responsable de certaines incommodités et baisser sa consommation peut être bénéfique. Pour ma part, je n’ai aucun problème de santé (mis a part une intolérance au lactose) et je me sens même mieux depuis que je ne mange plus de viande. Mais en fait, en vivant a l’etranger c’est tout mon régime alimentaire qui a changé puisqu’en Asie, on ne mange pas de la même façon qu’en France. Beaucoup plus léger et moins gras.

      Enfin, je pense que c’est utopique de croire qu’un jour plus personne ne mangera de viande, ça n’arrivera jamais où pas de notre vivant haha. Mais en tout cas il est important qu’à défaut d’arrêter d’en manger les gens diminue leur consommation.

  3. C’est vrai qu’on est parfois un peu rapides dans les affirmations concernant la nutrition, le blog Green me up je crois avait fait un très bon article sur la question. Ce n’est pas aussi simple pour tout le monde, surtout pour les maladies de l’intestin, une vraie galère ! Cependant la grande majorité de la population pourrait être végane sans problème après un petit temps d’adaptation (par exemple ça peut être très désagréable les premiers mois de manger soudain beaucoup de légumineuse… mais par contre moi aujourd’hui ce serait re manger des produits laitiers ou de la viande qui me ruinerait le ventre ! Et ça m’est arrivé par erreur quelques fois, je m’en suis vite aperçue ^^ !). On peut trouver des nuances dans le discours je pense, mais sur le plan éthique je reste convaincue que si on a la possibilité de le faire, c’est un choix plus éthique de s’en passer à partir du moment où on peut faire autrement. Je serais un peu plus nuancée sur les oeufs par exemple ceci dit, et je crois que pas mal de personnes qui ont des problèmes de santé mais sont sensibles à la cause animale essaient de trouver ce type de compromis (les mollusques bivalves types moules ou huitres aussi sont une piste).

    Il est vrai en tout cas que lorsqu’on est pas en parfaite santé, ça demande des compétences nutritionnelles, du temps passé à s’informer, une disponibilité mentale…et rien que là dessus on est pas tous égaux

  4. Ton article me renvoie avec un peu de nostalgie à un de mes tout premiers sur le blog où je racontais ça… moi non plus j’envisageais absolument pas de devenir végane au début de mon végétarisme, cinq ans après je le suis devenue mais justement parce que je suis allée à mon rythme. Je conseille toujours de lire Planète végane d’Ophélie Véron sur ces aspects, il est rigoureux, bienveillant, bref c’est un peu la Bible du véganisme 😀

  5. Merci pour cet article. Forcément je ne me sens pas complément concernée et tu le devineras, surtout depuis que nous sommes Limousins. Nous avons la chance de savoir d’où vient notre viande et nos oeufs. Le poisson nous en mangeons très peu, la viande beaucoup moins quand nous n’avons pas les tables d’hôtes. J’ai commencé à faire attention aux viandes que nous mangeons pendant mon CAP, notre chef nous ayant sensibiliser sur les labels. Ici tout est plus simple, les oeufs sont bios, les poules élevées en plein air (vraiment). Les boeufs, ont les voit dans les patures toute l’année (herbe l’été foin l’hiver), les porcs sont aussi dehors à courrir et à se vautrer…. C’est déjà ça. Je comprends ton choix très bien expliqué ici, même si je ne prendrais pas ce chemin. Par contre si tu choisissais de devenir vegan j’aurai plus de mal à comprendre. Comment penser qu’un oeuf à vécu des choses terribles ? Comment en arriver pour certains à ne même plus vouloir toucher un morceau de fromage ? Et pourquoi les vegan continuent à vouloir manger du « foie gras » des « steaks » ou du « fromage » qui n’en sont pas ? Tu pourras peut être m’expliquer cette philosophie un jour ? (Ou quelqu’un ici ?). Je redoute l’extremisme sous toutes ses formes ….
    Pour l’instant ce n’est pas ton cas et tant mieux. Je connais un végétarien qui accepte de manger les légumes d’un plat dans lequel la viande à cuit avec ces mêmes légumes. Je trouve ça parfait. Pas de chichis et de tralala dans sa façon de profiter de son végétarisme. Le compromis parfait à mon sens.
    Merci aux personnes qui ont commenté ton article d’un point de vu « médical ».

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